Enguerrand Artaz

MACROSCOPE : l'édition du 19 Juillet

Clairvoyance ou aveuglement ?

Comme en mars, en avril et en mai 2021, l’inflation américaine au mois de juin a de nouveau accéléré et dépassé les attentes du consensus. A 4,5% en variation annuelle, l’inflation sous-jacente, c’est-à-dire l’inflation hors alimentation et énergie, atteint un plus haut depuis 1991. Plus marquant encore, elle augmente de 0,9% en variation mensuelle, soit la deuxième plus forte hausse depuis le début des années 1980, juste derrière le record d’avril dernier. Enfin, avec une progression de 2,2% en juin, les prix des biens de consommation connaissent une envolée historique. Malgré ces chiffres, lors de son audition devant le congrès américain, le patron de la Fed, Jerome Powell, s’est montré très confiant sur le caractère transitoire de cette hausse des prix ; et les taux longs de rester à des niveaux inférieurs à leurs pics du premier trimestre. Marchés des taux et banquiers centraux font-ils donc preuve de lucidité face à une accélération temporaire des prix ? Ou bien, une forme de déni s’installe-t-elle alors que les données pointant le renforcement des pressions inflationnistes abondent ?

A court terme, il est incontestable que le détail des chiffres accrédite la thèse d’un phénomène transitoire. En effet, après avoir représenté plus de 37% de la hausse mensuelle de l’inflation sous-jacente en avril et en mai, le seul segment du prix des véhicules d’occasion a représenté 47,5% de la hausse en juin. Or, les raisons de cet emballement sont connues – la pénurie de semi-conducteurs entraîne une nette baisse de la production de véhicules neufs – et viennent incontestablement d’un déséquilibre offre/demande lié à la réouverture des économies. Par ailleurs, les indicateurs avancés comme l’indice Manheim du prix des véhicules d’occasion pointent un début d’inflexion, qui laisse penser qu’un pic est en passe d’être atteint. Nous pourrions faire une analyse similaire sur d’autres segments qui ont particulièrement contribué à la hausse des prix en juin, comme les billets d’avion.

En revanche, d’autres éléments sont susceptibles de prendre le relai de ces phénomènes temporaires et d’alimenter un régime d’inflation structurellement plus élevé. Le logement demeure crucial à cet égard. La forte hausse des prix des transactions immobilières attestée par la FHFA (Federal Housing Finance Agency) ou par l’agence de prêts hypothécaires Freddie Mac ne se retrouve pas encore dans la composante logement des calculs officiels d’inflation. En cause notamment, le moratoire sur la hausse des loyers… qui doit prendre fin le 31 juillet. Son effet au cours des prochains mois pourrait donc être significatif, d’autant que ce segment représente près de 40% du panier de l’inflation sous-jacente. 

Un deuxième point d’attention concerne les salaires. Les derniers chiffres publiés par la Fed d’Atlanta, scrutés de très près par Jerome Powell, montrent une hausse notable des salaires les plus bas. En outre, le nombre record de postes ouverts et la forte confiance des ménages dans l’abondance d’offres d’emploi dessinent une situation où le levier de négociation, notamment sur le salaire à l’embauche, devient plus favorable aux salariés, même si cela pourrait s’atténuer avec la fin prochaine des aides au chômage. Notons également les diverses annonces d’augmentations massives des salaires dans certaines grandes entreprises américaines. Jeudi dernier, c’est le géant de la gestion d’actifs BlackRock qui annonçait une augmentation de 8% pour tous ses employés.

Le dernier point de vigilance concerne la pression toujours forte sur les prix en amont du cycle de production comme par exemple les prix à la production et du fret maritime, susceptible d’alimenter une augmentation des prix à la consommation dans davantage de segments.

Au vu de ces éléments, il ne semble pas raisonnable d’exclure la possibilité que s’enclenche une boucle prix-salaires qui ancre durablement l’inflation américaine à un niveau plus élevé. En soit, cela n’aurait rien de négatif, car cela traduirait une robustesse accrue de l’économie américaine, couplée à un niveau d’inflation à même de réduire plus rapidement le poids de la dette. En revanche, cela entraînerait nécessairement des mesures monétaires plus restrictives que celles attendues par les marchés qui, en la matière, font preuve d’une grande complaisance ; et compte tenu des niveaux de valorisation actuels, un coup de frein sur les actifs risqués serait assez probable. Toutefois, dans la mesure où le contexte économique global resterait très favorable à l’activité des entreprises, une correction constituerait probablement une respiration salutaire qui ne remettrait guère en cause les perspectives à moyen/long terme sur les marchés actions.

Rédaction achevée le 16.07.2021
Auteur : Enguerrand Artaz

Télex

Nouvelle ère : à l’occasion du dernier sommet du G20, la directrice de la BCE, Christine Lagarde, a annoncé que la réunion de la Banque Centrale de jeudi « serait une réunion importante », laissant présager l’annonce de la nouvelle forward guidance déjà évoquée depuis plusieurs semaines. Autrement dit, le conseil des gouverneurs devrait déclarer que la cible d’inflation de la BCE n’est plus « proche mais inférieure à 2% », mais dorénavant symétrique autour de 2%. Laissant donc la possibilité à l’inflation de dépasser, temporairement et modérément, le seuil de 2%. A l’été 2020, c’est la Réserve fédérale américaine qui avait de la même façon modifier son approche de la cible d’inflation.

Pénuries : les tensions sur les chaînes de production et d’approvisionnement mondiales, en particulier les pénuries de certains matériaux comme les semi-conducteurs, commencent à peser sur la production industrielle. C’est ce qui ressort des derniers chiffres américains, avec une croissance mensuelle de la production industrielle et un taux d’utilisation des capacités de production ressortis nettement sous les attentes. La production industrielle reste ainsi inférieure de 1,2% à son niveau pré-crise. Pour sa part, la production manufacturière a baissé de -0,1% sur le mois.

Le picking de la semaine

AKER CARBON CAPTURE, l’innovation disruptive au service du climat

L’actu. Le leader technologique norvégien de la capture du carbone a publié la semaine dernière des résultats semestriels qui reflètent l’accélération de son développement industriel et commercial. L’entreprise annonce dans le même temps le lancement d’une solution disruptive, “Carbon Capture as a Service”.

Notre analyse. Au deuxième trimestre 2021, AKER CARBON CAPTURE affiche des ventes en hausse de +9%, à 69 millions de couronnes norvégiennes, ainsi qu’un EBITDA négatif, en repli de 47,2 millions. Les raisons sont multiples, notamment l’augmentation des investissements commerciaux, la digitalisation, ainsi que la hausse des effectifs, de +46%, soit 13 créations d’emplois. S’y ajoutent les frais de transfert du titre à la Bourse d’Oslo, en juin 2021, afin de créer plus de visibilité et de liquidité que sur l’Euronext Growth où l’entreprise avait été cotée depuis août 2020. La situation de trésorerie s’améliore avec une réserve de 552 millions de couronnes, qui devrait laisser jusqu’à 3 ans de marge de manœuvre sans recours à une augmentation de capital. Au-delà des chiffres, AKER CARBON CAPTURE a annoncé le lancement d’une solution Carbon Capture as as Service (CCaaS), une offre intégrée à toute la chaîne : capture, transport et stockage du carbone. Concrètement, le client paiera à la tonne de CO2 capturée, l’entreprise s’occupera de l’ensemble de la chaîne, en commençant par la capture grâce à son module rapide d’installation “Just Catch”. Le leader norvégien devra signer des partenariats avec des sociétés de transport et de stockage qui ne font pas partie de son cœur de métier. Cette offre disrupte totalement le marché, car la capture du carbone nécessite des investissements importants pour les industriels qui sollicitent des contrats de long terme, proches de ceux du secteur des gaz industriels. L’objectif d’éviter d’ici 2025 10 millions de tonnes de CO2 grâce à ses solutions, soit l’équivalent des émissions annuelles des habitants de la ville de Marseille, devient donc, selon nous, atteignable.

En conclusion. Encore au stade de la start-up, AKER CARBON CAPTURE possède une technologie qui a fait ses preuves depuis 20 ans, alors qu’elle faisait partie du géant norvégien AKER GROUP. Près d’un an après sa cotation en Bourse, AKER CARBON CAPTURE dévoile une solution disruptive qui pourrait marquer un tournant en ouvrant ce marché aux usines de petites et moyennes tailles, qui ne peuvent jusqu’ici accéder à ces solutions pourtant essentielles à la lutte contre le réchauffement climatique.

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