Olivier de Berranger

MACROSCOPE : l'édition du 28 septembre

Morosité automnale 

Alors que l’été a cédé, sous les nuages, sa place à l’automne, les marchés semblent gagnés par la mélancolie propre à cette saison. Il faut bien reconnaître que les nouvelles des derniers jours sont loin d’être enthousiasmantes. Après le reconfinement d’Israël, ce fut au tour du Royaume-Uni et de l’Espagne d’annoncer un durcissement des mesures sanitaires, pour enrayer une deuxième vague de contamination à présent incontestable sur le Vieux Continent. En milieu de semaine, la France a suivi le mouvement. De quoi faire peser des craintes importantes quant à la poursuite de la reprise économique européenne. Craintes renforcées après la publication des PMI préliminaires pour le mois de septembre, qui ont certes matérialisé la poursuite d’une amélioration très progressive de l’activité manufacturière, mais ont surtout traduit une rechute nette de l’activité dans les services. Ainsi, en France comme en Allemagne, les PMI composites repassent sous la barre des 50, pointant une contraction globale de l’activité.

Côté américain, les publications économiques ont dans l’ensemble été satisfaisantes. Mais après un discours jugé décevant par les marchés la semaine dernière, Jerome Powell, Président de la Réserve Fédérale américaine (Fed), a de nouveau pesé sur la tendance. Lors de son audition devant le Congrès, il a indiqué que la Fed avait fait tout ce qu’elle pouvait à ce stade et exhorté Républicains et Démocrates à trouver rapidement un accord sur un second plan de relance. Des déclarations dans la droite ligne de son discours de mercredi dernier mais dont les marchés semblent avoir pris davantage conscience. La perspective d’un statu quo de la banque centrale, alors que la mise au point d’un nouveau plan patine, n’est guère réjouissante.

Ces éléments anxiogènes s’agrègent de plus à un contexte de marché fragile. Alors que la correction de début septembre a mis un coup d’arrêt à l’excès d’optimisme sur les valeurs technologiques, l’environnement demeure trop incertain pour un report massif vers les valeurs cycliques, entre doutes sur la reprise européenne et retard du vote d’un second plan de relance aux Etats-Unis. A cela s’ajoutent les incertitudes sur les élections américaines, les perspectives moroses sur le Brexit ou encore les tensions sino-américaines notamment autour du dossier TikTok. Dès lors, la phase baissière que nous connaissons paraît compréhensible.

Cette baisse s’effectue toutefois sans mouvement de panique. Les volumes traités n’explosent pas à la hausse et le marché des options reste davantage positionné sur les options d’achat que sur les options de vente. Autres signes de la persistance d’un certain appétit pour le risque, le succès des récentes introductions en bourse ou les flux acheteurs massifs sur certains ETF en début de semaine dernière. Toutes les nouvelles ne sont pas noires par ailleurs. Côté économique, le climat des affaires s’améliore en Allemagne, avec un IFO qui progresse à nouveau en septembre, et également en France selon l’INSEE. Côté sanitaire, la pandémie commence à ralentir dans certains des pays émergents les plus touchés (Inde notamment) et les recherches sur un vaccin apportent régulièrement leur lot d’espoir. Côté monétaire, la BCE s’est montrée résolument accommodante par la voix de François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, et les banques européennes ont emprunté plus que prévu auprès de la banque centrale via le mécanisme de TLTRO, un signal positif quant à la transmission de la politique monétaire à l’économie réelle.

A ce stade, la morosité automnale des marchés semble avoir en bonne partie effacé les excès de leur optimisme estival. Et si de nombreuses incertitudes planent à l’horizon, la situation paraît moins fragile qu’à la fin du mois d’août. La principale inconnue réside dans les mesures sanitaires qui pourront être prises par les gouvernements ces prochaines semaines. Les contestations farouches, par exemple, des élus locaux français face aux dernières annonces ministérielles démontrent l’ampleur politique, voire politicienne, que prend à présent la gestion de la crise sanitaire dans de nombreux pays. Cela pourra donner lieu à des erreurs ou à des excès susceptibles d’impacter encore les marchés. Mais auxquels ils finiront par s’habituer.

Télex

Patience... Les économistes de la Banque Centrale Européenne ont récemment estimé le calendrier de déblocage des 750 milliards d’euros prévus par le plan de relance de la Commission européenne, « Next Generation EU ». Selon eux, l’essentiel des fonds seront versés entre 2022 et 2024, et seuls 75 à 80 milliards seront distribués en 2021. Il faudra donc patienter avant de voir les effets de ce plan sur l’économie européenne, sauf si une mise en œuvre accélérée était décidée.

Orthodoxie enterrée.

Le gouvernement allemand a approuvé mercredi dernier une hausse de sa dette de 96,2 milliards d’euros dans le cadre de son projet de budget 2021. Cela nécessitera, pour la deuxième année consécutive, de suspendre la règle constitutionnelle qui interdit au gouvernement fédéral d’emprunter plus de 0,35% du PIB. La crise de la Covid-19 semble bel et bien avoir eu raison de l’orthodoxie budgétaire allemande.

Le picking de la semaine

NIKE, l’entreprise qui ne connaît pas la crise

L’actu. Le géant américain des équipements sportifs a bondi de 9% en Bourse le lendemain de la publication de ses résultats, nettement supérieurs aux attentes du marché. 

Notre analyse.Le premier fabricant mondial de vêtements de sport enregistre une accélération de sa croissance organique avec un chiffre d’affaires stable, face à un consensus à -15%, sur le premier trimestre fiscal 2021. Cette croissance est portée par une performance impressionnante, selon nous, des ventes en ligne. Malgré la réouverture totale des boutiques, les ventes en ligne bondissent de +83% au premier trimestre (juin-août 2020), après une hausse de +79% au trimestre précédent (mars-mai 2020). L’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie-Pacifique enregistrent ainsi des hausses à trois chiffres sur les achats en ligne qui devraient à l’avenir représenter 50% du chiffres d’affaires du groupe, contre 30% aujourd’hui.
Ces résultats proviennent d’une montée en puissance du e-commerce, d’un fort pricing power et d’une capacité d’innovation qui permettent à NIKE de dégager des marges plus élevées que ses concurrents et de conforter de fait son leadership digital dans le secteur du sport. Le groupe de Beaverton affiche ainsi une marge brute de 44,8%, soit une rentabilité supérieure de près de 2% comparée au consensus.
Le géant américain vient de publier un bénéfice net trimestriel de 1,52 milliard de dollars et annonce ainsi une hausse de 8 à 14% de son chiffre d’affaires par rapport à l’exercice précédent. Malgré une meilleure visibilité, le groupe reste prudent quant aux prévisions de croissance en raison d’un environnement incertain lié à la crise sanitaire. 

Conclusion. Les efforts de NIKE pour réorienter son business model vers le numérique portent leurs fruits. Le groupe compte en outre accélérer les fermetures de magasins physiques et orienter les investissements vers sa marketplace. Le marché salue ces performances, +13% en after-market – la période suivant la clôture des marchés – , qui profitent aussi aux autres marques européennes, Adidas, Puma et JD Sport. 

Auteurs : Olivier de Berranger, CIO ; Enguerrand Artaz, Fund Manager

Article achevé de rédiger le 25/09/2020.
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